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Le cœur des villes de Bourgogne se dévitalise

11 juin 2020 à 09h00 Par la rédaction
Crédit photo : Photo d’illustration K6FM

Une étude de l’INSEE publiée ce jeudi soir souligne la « dévitalisation » des centres des villes de Bourgogne-Franche-Comté. Ses centres villes perdent progressivement de la population et leur activité commerciale se rétracte. Dijon, Beaune ou encore Dole sont concernés. Ci-dessous le communiqué.

Au cœur des villes moyennes, le centre-ville, quartier historiquement le plus ancien et le plus animé, a longtemps été le berceau du commerce et de l’artisanat. Depuis la fin des années 60, l’étalement urbain a progressivement modifié la morphologie urbaine et la dynamique des quartiers : ceux situés en périphérie portent de plus en plus les dynamiques démographique et économique du pôle urbain, pendant que le centre-ville se dévitalise, perdant en général à la fois des habitants et des emplois. Ainsi, entre 2009 et 2015, la population résidant en centre-ville a diminué de 0,5 % par an en Bourgogne-Franche-Comté. L’emploi dans le commerce a baissé plus encore, en moyenne de 1,7 % par an. Ce double phénomène, s’il est plus marqué en Bourgogne-Franche-Comté qu’ailleurs, n’est pas spécifique aux villes moyennes de la région. Aussi, fin 2017, le Gouvernement a annoncé la mise en place d’un plan national « cœur de ville », afin de soutenir les villes moyennes dans la démarche de revitalisation de leur centre. Dans ce plan figurent la vitalité commerciale, enjeu majeur, ainsi que la réhabilitation de l’habitat et le développement de l’accessibilité. 

Le commerce de centre-ville, très concentré spatialement et sectoriellement

Malgré des trajectoires économiques orientées à la baisse, les 27 centres-villes du champ de l’étude rassemblent encore en moyenne 30 % des emplois commerciaux, part en repli de 3 points par rapport à 2009. L’activité commerciale y reste néanmoins particulièrement dense et concentrée, ces emplois étant implantés sur moins de 2 % de la surface de l’agglomération. Au cœur de ces 27 unités urbaines, le commerce de centre-ville regroupe 7 100 établissements en 2015, pour un total de 26 300 emplois. Il s’articule principalement autour d’activités très spécifiques destinées à répondre aux besoins d’une clientèle résidente, mais aussi à ceux des consommateurs de passage, actifs en emploi dans la ville ou touristes (affaires ou loisirs). Certains services, comme la restauration ou encore les agences bancaires et immobilières, y sont ainsi plus représentés qu’ailleurs dans l’agglomération. Les commerces d’équipement de la personne, notamment le prêt-à-porter, les pharmacies, les magasins d’optique, sont aussi très présents, de même que le commerce alimentaire. Ensemble, ces activités regroupent les trois quarts de l’emploi implanté en centre-ville. 

La restauration, seule activité en progression en centre-ville

Dans la quasi-totalité des centres-villes, le nombre d’établissements et d’emplois se replient dans la plupart des secteurs d’activité entre 2009 et 2015. La baisse la plus forte touche le commerce de biens d’équipements de la maison (– 5,3 % par an), l’emploi reculant quel que soit le type de biens vendus, meubles, livres, papeterie, fleurs… Les commerces d’équipement de la personne, en tête l’habillement, pâtissent également du recul de l’emploi (– 2,4 % par an). Dans le commerce de détail alimentaire, l’emploi est resté presque stable (– 0,3 % par an). Bien avant, à partir des années 60-70, avec l’essor de la grande distribution, les hypermarchés en périphérie des villes ont fortement concurrencé les boutiques de l’hyper centre. Depuis, le commerce alimentaire en centre-ville se restructure encore, avec parfois des dynamiques antagonistes au sein d’une même activité. Ainsi, le nombre d’artisans commerçants exerçant pour la plupart dans des boulangeries, charcuteries ou autres petits commerces de bouche diminue tandis que l’emploi progresse dans les autres structures commerciales alimentaires, qu’elles soient généralistes (supérettes) ou spécialisées (bio, maraîchers, fromagers, cavistes…). Traditionnellement très présentes en centre-ville, les agences bancaires et immobilières sont également en repli (– 1,6 % par an). En cause, la restructuration profonde du secteur bancaire et un marché immobilier atone. Enfin, la restauration reste l’unique secteur où l’emploi progresse significativement en centre-ville sur la période (+ 0,5 % par an), porté notamment par l’essor de la restauration rapide. Le commerce en centre-ville poursuit sa mutation en développant des activités de services davantage destinées à des consommateurs de passage qu’à la population résidente. Dans une région en panne de moteur démographique, la bonne vitalité commerciale des centres-villes repose ainsi de plus en plus sur leur capacité à attirer cette clientèle de passage. Pour preuve, dans les centres-villes de Beaune et de Pontarlier, seules centralités parmi les villes moyennes de la région à gagner de l’emploi, l’essor commercial repose, pour la première sur la fréquentation touristique liée au vignoble et aux Hospices de Beaune, et pour la seconde sur celle des frontaliers suisses.

Le commerce se développe rapidement en périphérie et entraîne les services

Alors que l’emploi dans le commerce baisse en centre-ville entre 2009 et 2015, il reste en moyenne stable à l’échelle des unités urbaines. En effet, la bonne santé de l’emploi dans les zones commerciales périphériques (+ 1,8 % par an) compense la perte d’attractivité des centres-villes. Tous les secteurs du commerce y sont en croissance. Le dynamisme des zones périphériques repose d’abord sur celui du commerce de biens. Ce secteur tire bénéfice de la disponibilité de grandes superficies de stockage en périphérie de la ville, pour un coût du foncier bien inférieur à celui du centre. Cela répond aussi à un besoin des consommateurs urbains ou péri-urbains de disposer de nombreux points de vente diversifiés et plus accessibles en voiture qu’en centre-ville.