Guillaume Ruet, maire de Chevigny : « Nous vivons un tsunami financier ! »

A l’image de nombreuses collectivités, la mairie de Chevigny-Sauveur fait face à une forte hausse de ses dépenses énergétiques. « + 151% entre 2019 et 2022 », selon Guillaume Ruet, le maire de la commune, qui a écrit une lettre ouverte à ce sujet à la première ministre, Elisabeth Borne.

14 octobre 2022 à 18h30 par la rédaction

Guillaume Ruet est maire de Chevigny-Saint-Sauveur
Guillaume Ruet est maire de Chevigny-Saint-Sauveur
Crédit: Photo archive K6FM

Retrouvez ci-dessous la lettre ouverte écrite par Guillaume Ruet :

Madame la Première Ministre,

+ 151% : c’est l’augmentation estimée de notre facture annuelle d’énergie (gaz et électricité) entre 2019 et 2022 à Chevigny-Saint-Sauveur. 1.100.000 € : c’est la somme que nous estimons devoir consacrer à nos dépenses énergétiques en 2022, contre 441.000 € en 2019.

C’est un véritable tsunami financier qui s’abat sur ma commune et les projections pour 2023 ne présagent rien de bon… La commune de Chevigny-Saint-Sauveur fait partie de ces communes de taille moyenne qui assument, à ce titre, des charges de centralité importantes. C’est ainsi que la commune gère 4 groupes scolaires, 1 crèche, 1 piscine, 6 salles de sports, 1 médiathèque, 1 salle des fêtes, 1 école de musique, 4 salles associatives, ... Aujourd’hui, ce sont ces villes moyennes, qui assurent un service public de proximité de qualité, qui se prennent la crise énergétique de plein fouet, étranglées par les charges.

Chevigny-Saint-Sauveur fait également partie de ces communes qui ne sont pas assez pauvres pour bénéficier des dispositifs de péréquation mais qui ne sont pas assez riches pour se passer de la solidarité de l’Etat et de l’intercommunalité. Et pourtant nous devons apprendre à faire avec une diminution drastique de cette solidarité : Perte cumulée de 4.15 millions d’euros de DGF sur la période 2013/2020 / Baisse de la dotation de solidarité communautaire versée par la métropole de 458.123 € par an.

Malgré une extrême vigilance dans nos dépenses de fonctionnement, la mise en œuvre d’un plan pluriannuel d’investissement ambitieux notamment en matière de transition écologique de notre patrimoine communal, un recours raisonné à l’emprunt, je tire la sonnette d’alarme ! Pour une commune de 11.000 habitants comme la mienne, cette explosion des charges paraît insurmontable, d’autant qu’elle se cumule avec d’autres augmentation (point d’indice des fonctionnaires, inflation sur les fournitures, la restauration …).

A ce rythme, nous courrons rapidement à la banqueroute. La situation que connait ma commune de Chevigny-Saint-Sauveur n’est pas un cas rare puisque de nombreuses communes font face aux mêmes difficultés. Aujourd’hui, pour la 1 ère fois, je me pose cette question qui reste sans réponse : comment faire face à cette augmentation lors de prochaines semaines ?

Evidemment, nous avons mis en place un plan de sobriété énergétique, certes utile, mais dont les gains seront mineurs par rapport à l’explosion de la facture. Pour l’instant, nous n’avons pas d’autres choix que de parer au plus pressé en puisant dans l’épargne dégagée année après année d’une gestion « en bon père de famille ». Mais cette épargne devait servir à limiter le recours à l’emprunt afin de mettre en œuvre notre plan d’investissement. Mais là encore, madame la Première Ministre : combien de temps allons-nous tenir ? Nos prévisions financières font apparaître une baisse vertigineuse de notre épargne brute de 665.847 €. Les leviers à notre disposition sont en réalité peu nombreux et ne représentent en fait que des mauvais choix. Demain faudra-t-il reporter certains investissements alors que l’urgence climatique et la crise énergétique nous imposent au contraire d’accélérer nos investissements de réfection thermique de nos bâtiments ? Demain faudra-t-il réduire le service public, comme la fermeture de notre piscine municipale, une mesure qui serait injuste au moment où le « savoir nager » et la lutte contre les noyades des enfants sont une priorité nationale ?

Je me refuse à envisager le recours à une augmentation de la fiscalité et du tarif des services publics en 2023, qui dans le contexte inflationniste actuel agirait comme une double peine. En tout état de cause, il faut que chacun ait bien conscience que l’on demande aux Maires de faire plus avec moins. A terme, l’équation est insoutenable et il y a urgence que l’Etat prenne la mesure des enjeux. C’est donc un appel solennel que je vous lance : les collectivités ont besoin du soutien de l’Etat, tels qu’un bouclier tarifaire ou d’une compensation, pour parer à cette situation d’une exceptionnelle gravité. Sans cela, malgré notre sens des responsabilités et de l’intérêt général, nos efforts et notre inventivité, de nombreuses communes n’auront pas d’autres choix que de mettre la clé sous la porte ! J’espère que vous serez sensible à cette démarche qui se veut constructive, au-delà des démarches partisanes, et qui appellent aux actions et aux résultats concrets, au service de nos concitoyens. Je vous prie de croire, Madame la Première Ministre, à l’expression de ma haute considération.