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BAC 2020 : des lycéens de Côte d’Or interpellent le ministre de l’éducation nationale

06 avril 2020 à 18h22 Par Fabrice Aubry
Crédit photo : Photo d'illustration Académie de Dijon

Suite à l’annonce de Jean-Michel Blanquer de baser les résultats du baccalauréat 2020 sur les notes de contrôle continu, des lycéens de Côte d’Or ont décidé d’interpeller le ministre de l’éducation dans une lettre ouverte.

Ces lycéens de Terminale se sont rassemblés pour former le « mouvement équité-bac ». Sollicités pour une interview, ils nous ont répondu vouloir garder leur anonymat : « Nous aimerions que personne ne soit personnellement impliqué. Nous n’avons pas forcément envie de sortir de l’anonymat ».

Nous avons tout de même décidé de publier leur lettre que voici ci-dessous :

 

« Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale,

Nous nous permettons d’attirer votre attention en ce temps de crise sanitaire sur certaines modalités du baccalauréat 2020. En premier lieu, nous tenons à saluer les mesures que vous avez mises en place pour l’examen ainsi que la rapidité de votre décision. Nous pensons que le contrôle continu était le meilleur choix au vu de l’incertitude de la tenue des examens. Pour beaucoup, cette décision a ôté un stress pendant cette période anxiogène.

Cependant, nous espérons que le contrôle continu sera le plus équitable possible grâce à la commission d’harmonisation. Nous espérons que cette dernière tiendra compte à la fois des inégalités de notations entre chaque établissement pouvant aller jusqu’à de larges écarts de moyennes, à la fois des inégalités de notations entre chaque classe d’un même établissement, à la fois des inégalités durant la période de confinement, à la fois de la prise en compte du troisième trimestre avec bienveillance du fait des inégalités sociales induites par le confinement et des autres problèmes spécifiques pouvant être rencontrés par l’élève. D’après le site du gouvernement, au sujet des modalités du baccalauréat 2020, les élèves ayant eu des problèmes de santé qui ont conduit à une absence importante durant au moins un trimestre de Terminale, se verront proposer par le jury une session en septembre. Ces élèves ressentent une forme d’injustice au vu de leur situation pour plusieurs raisons :

Les problèmes de santé ont pu engendrer un stress, un mal-être de l’élève, qui se cumule au stress de la situation actuelle. Il n’est pas dans l'intérêt de l’élève de lui donner du stress supplémentaire vis-à-vis de l’obtention de son baccalauréat. En repoussant à septembre les épreuves, cela peut générer, pour des étudiants qui ont déjà subi des problèmes de santé au cours de l’année une nouvelle fragilisation de leur santé.

Le bac, suite à vos mesures, est maintenu en contrôle continu pour les élèves de Terminale. Les élèves ayant des problèmes de santé qui comme vous l’avez annoncé passeront leur bac en septembre, passeront des épreuves écrites. Cela amène à une disparité et à une iniquité des conditions d’obtention si les lycéens de première et de deuxième session ne passent pas l’examen avec les mêmes modalités.

Les élèves ayant été malades, ne l’ont pas choisi, ils doivent attendre septembre tandis que certains élèves qui auront été en cours sans se donner grande peine dans l’année pourront, eux, obtenir leur baccalauréat aux rattrapages, dès le mois de juillet.

En ne passant les épreuves seulement qu’en septembre, cela signifie que les vacances scolaires ne pourront pas réellement être considérées comme des vacances scolaires avec notamment le stress engendré par le passage tardif de l’examen.

La plupart d’entre eux ont déjà passé des épreuves anticipées du baccalauréat tel que le bac de français oral et écrit et leur soutenance de TPE. Pour certains l’épreuve de compréhension orale du bac de langues (anglais, espagnol, allemand) a été passée.

Les élèves qui obtiendraient leur baccalauréat en septembre, l’auraient en temps normal obtenu pour la plupart en juin.

Les professeurs qui, eux aussi, auront besoin des vacances étant donné leur mobilisation lors de la continuité pédagogique en confinement, ne pourront pas durant les deux mois apporter leur aide aux élèves.

Passer l’examen en septembre signifie pour les élèves ne pas avoir de cours et de rythme scolaire durant les deux mois de vacances. Surtout compte-tenu de la situation de crise que nous traversons, les élèves auront besoin d'avoir du repos, de s’aérer l’esprit, d’avoir de vraies vacances pour pouvoir poursuivre correctement dans le supérieur.

L’obtention du bac en septembre, peut également poser des soucis quant aux orientations dans le supérieur : d’un point de vue fonctionnel (logement, déménagement), d’un point de vue administratif (certains élèves savent déjà qu’ils sont pris dans le supérieur sous condition de l’obtention du bac en juillet), d’un point de vue scolaire (certaines années commencent début septembre voire la dernière semaine d’août), d’un point de vue émotionnel (l’élève ne sera pas dans les meilleures dispositions pour passer ses épreuves).

En passant l'examen en septembre, cela implique que les sessions de rattrapages seront plus compliquées à mettre en place.

 

Comme vous pouvez le constater, cette modalité liée au cas particulier d'étudiants ayant manqué une partie de leur Terminale, soulève une certaine forme d’injustice et d’iniquité envers ces élèves qui se sentent “lésés” par ces mesures exceptionnelles. Nous vous proposons donc certaines modalités qui pourraient être envisagées pour les élèves correspondants à ce cas particulier :

1/ Prendre en compte toutes les notes de Terminale, même s’il en manque.

2/ Prendre en compte le dossier scolaire comprenant également les bulletins de première, l’engagement de l’élève et les appréciations.

3/ Si besoin d’un rattrapage pour certains élèves, que celui-ci se fasse en même temps que celui des autres élèves qui devront rattraper au mois de juillet.

4/ Avoir la possibilité de joindre au dossier scolaire des certificats médicaux. Nous suggérons que ces modalités puissent être différentes selon chaque élève concerné afin que chacun, selon sa propre situation, ne soit pas désavantagé.

 

D’après le site du gouvernement, au sujet des modalités du baccalauréat 2020, les élèves en candidat libre, doivent passer leurs examens en septembre n’ayant pas de contrôle continu. Nous proposions pour des raisons similaires à celles des problèmes engendrés pour le passage en septembre des élèves ayant eu des absences pour motif de maladie, de leur faire passer leurs épreuves en juillet.

Nous voulions également soulever la problématique de certains élèves qui ont eu des professeurs avec une absence importante quel qu’en soit la raison, de ne pas avoir des notes représentatives de leur réel niveau scolaire. Nous proposons donc de leur faire passer un oral allégé en juillet pour ceux dont la note ne leur permet pas l’obtention en contrôle continu du baccalauréat.

Au vu de ces différents cas, nous voulions vous proposer de mettre en place une plateforme numérique pouvant être remplie par les personnes correspondant à l’un de ces cas particuliers, pour préciser leur situation, par exemple sous forme de case à cocher et en pouvant laisser un commentaire. Les élèves qui ne rempliraient pas cette plateforme seraient considérés selon les modalités du contrôle continu que vous avez décidées. Nous tenons à rappeler que le baccalauréat est un aboutissement de la scolarité et non pas un examen qui statue sur le niveau ponctuel d’un élève. Nous tomberons d’accord, sur le fait que des élèves qui ont suivi une bonne, voire excellente, scolarité pendant 12 ans et qui du fait de la situation exceptionnelle, se voient désavantagés et sanctionnés en raison de problèmes de santé n’est pas juste.

Nous sommes conscients de la quantité de dossiers que vous avez à gérer en cette période de crise sanitaire. Dans l’attente de votre réponse nous vous souhaitons bon courage. Nous vous prions d’agréer, Monsieur Le Ministre de l’Éducation Nationale, l'expression de notre plus haute considération,

Le Mouvement Équité-Bac, à l'initiative d’élèves de Côte d’Or »