Le lait de Marie, Prix Jules Renard, sera présenté dans le Morvand à partir du 9 aout.

Une pièce de théâtre dont le texte a été récompensé par le prix Jules Renard, va se jouer très prochainement à Saint-Germain de Modéon dans le Morvan. C’est Jérôme Robart, acteur reconnu (rôle-titre par ex de la série Nicolas Le Floch) et auteur-metteur en scène qui la monte actuellement. C’est une opération financièrement quasi auto-financée, aidée au niveau du lieu par la mairie de St Germain de Modéon, à l’initiative de Jérôme Robart qui a mobilisé 9 copains, acteurs chevronnés mais aussi étudiants du cours Florent où il enseigne, à entamer l’aventure bénévolement à ses côtés.

31 juillet 2019 à 11h46 par Franck PELLOUX

K6 FM

Voici la genèse racontée par l’auteur :

  1. Des attentats terribles avaient frappés Paris, le monde avançait aveugle et impuissant vers un gouffre avide. La ville nous faisait mal. Et nous apprenions à vivre sans elle. Un sorte de cure de désintoxication. A vivre autrement.

Premières montagnes, Nature. Morvan, terre d’accueil… Nous venions quelques semaines auparavant d’acquérir la maison au fond des bois dont nous rêvions et déjà secrètement sans le savoir les vieilles pierres nous chuchotaient leurs mystères.

Qui était ceux qui étaient là avant ? Qui avait, créer ses parcelles de terrain, construit ses maisons, fait ces murs de pierres dressées ?

Qui avait plantés, laissait croitre ses grands arbres ? J’étais frappé de regarder le pays et de laisser mon imagination fourmiller de mille époques. Une curiosité immense naissait en moi. Les livres s’ouvraient.

Les époques se dévoilaient délicieusement. Je ressentais la multitude des anciens. Cet immense collier humain dont chaque vie est une perle, ou plutôt une bulle de savon.

Qui se rappelle les vies qui s’effacent ? Tous les anciens oubliés ? Déjà mort deux fois et pour jamais. Une première, lorsqu’ils ont rendus à la Terre leur dernier souffle, puis une seconde, quand plus personne ne se souvient qu’ils ont un jour existés. (Ce sera bientôt notre tour.)

De nos pas, nous foulons les leurs. Nous touchons les objets qu’ils ont fabriqués. Goûtons les fruits des arbres qu’ils ont plantés.

Quelque soit notre gloire, on nous oubliera.

Tous ces moments délicieux de nos vies, nous partirons avec. Ils ne valent que pour nous –mêmes.

Nous rappelons nous du premier émoi du grand Socrate ? Dans cette recherche sans but, absolument ludique et rêveuse, des premiers hommes à nous, en passant par les celtes, des mégalithes au Dolmen, en passant par les chapelles templières, des livres d’histoire au roman de Balzac, de Zola , de Maupassant, au détour d’une lecture, j’apprends l’existence des nourrices ; je prends conscience de ce que ce mot « nourrice » signifie ; je prends conscience de leurs tourments, de leurs souffrances et mon esprit de suite s’emballe.

Je suis immédiatement en empathie pour ces femmes qui partent, ses hommes qui restent, ces enfants loin de leurs mères qui souvent meurent.

Cela me bouleverse.

Comment peut on laisser son enfant pour en nourrir un autre, inconnu ? Pour de l’argent ? Comment peut on en arriver –là ? Quel est le monde qui peut accoucher de telles situations ?

Et un matin, comme une source claire au printemps se fraye passage au milieu des roches, l’écriture vient. Des personnages naissent, Des scènes jaillissent sur le papier.

Je suis projeté en MORVAN, en 1866, non loin de là où nous posons les pieds, au milieu des arbres qu’ils ont su ne pas couper, au milieu de leurs champs. Le même ciel, le même vent.

Dans notre petite ferme perdue au milieu des bois, une histoire se créait. C’est une histoire d’amour.

Marie et Pierre, paysans propriétaires de quelques hectares à peine satisfaisant comme il y en a tant à l’époque, s’aiment d’un immense amour ; Ils vivent simplement dans les bras providentiels et parfois cruels de la nature.

Notre histoire commence quand la vie les projette l’un contre l’autre comme homme et comme femme. Marie attend vite un enfant et le destin va s’amuser à éprouver leurs forces, leur amour, leur humanité.

La révolution industrielle est déjà là qui transforme le monde, Créait des grandes villes anthropophages qui attirent les hommes de partout et métamorphosent leurs existences.

N’épargnant aucun êtres vivants, l’argent est là, fidèle soldat de ces villes conquérantes.

Marie sera obligé d’y vendre son lait. Le lait de leur petit.

Elle y vivra une odyssée et Pierre, restant seul avec leur fils, aussi.

Elle y croisera des personnages emblématiques. Un docteur qui ne sait trop que faire. Une meneuse qui cherche les enfants à naitre pour leur voler leur lait, et par conséquent leur mère. Des riches sans conscience qui ne veulent pas allaiter leurs gosses. Des domestiques.

Toute cette ronde dont le chef d’orchestre se nomme argent et progrès. Jusqu’où peut on aller pour l’argent ? Jusqu’où va t’on aujourd’hui pour lui ? Vendre son corps, vendre sa force, vendre son lait.

Très vite, cette histoire était là, inaboutie mais fortement présente. Je me suis dit que ce serait merveilleux d’essayer de jouer cette pièce ici.

J’en touchais trois mots à Valéry Loisier, maire de Saint Germain de Modèon, homme tout empreint du bien vivre ici, et soucieux de la protection environnementale et culturelle de son pays. et déjà créateur d’une multitude d’initiatives culturelles et autres.

(Et si la culture protégeait aussi l’environnement ?)

Et son enthousiasme m’encouragea.

Au fur et à mesure de nos échanges, on a imaginé que ce soit possible de rendre à ce pays une partie oubliée de son histoire.

De là, est né ce projet de créer une pièce sur les nourrices écrite et mis en scène par mes soins, dans un premier temps dans la salle des fêtes de Saint-Germain de Modèon.

Jérôme ROBART

 

Représentations du 9 au 13 aout à 20h, réservations Office de Tourisme de Saulieu 03 80 64 00 21