François Sauvadet va écrire à Emmanuel Macron

Nous avons appris ce vendredi que le président du conseil départemental de la Côte d’Or va écrire à Emmanuel Macron dans le cadre du grand débat national. Voici un extrait de son courrier.

18 janvier 2019 à 15h48 par la rédaction

K6 FM
Crédit: K6FM

Je veux saisir la main que vous avez tendue lors du lancement du "grand débat", à Grand-Bourgtheroulde, notamment sur la question des 80 km/h. Je vous annonce que je vais écrire au Préfet pour travailler sur une application différenciée de la limitation de vitesse.

J'étudierai, avec les services de l'Etat, les problématiques du réseau routier départemental et je proposerai au Préfet d'adapter la vitesse en fonction de l'accidentologie. Pour tous les itinéraires sans risques avérés, je demanderai que nous puissions instaurer une limitation de vitesse à 90 km/h.

D'abord, oui, monsieur le Président de la République, la violence est inacceptable dans un Etat de droit : toutes les violences, qu'elles soient physiques ou verbales, doivent être condamnées. La liberté individuelle n'est pas une variable d'ajustement. Elle est indissociable de l'exercice de la démocratie et seul le dialogue respectueux peut, dans la confrontation des idées, permettre à tous de définir une voie nouvelle.

Voilà pourquoi j'estime que ce "grand débat" peut initier une nouvelle étape.

 

Sur le rôle des maires, l'organisation de l'Etat et des collectivités publiques.

Non, nous n'avons pas trop de communes comme j'ai pu l'entendre trop souvent depuis des années. Chaque commune compte. On est Français de quelque part. La commune, c'est le premier lieu des solidarités.

Sur ce point, comment ne pas entendre le désarroi des maires et comment ne pas comprendre le désarroi des habitants quand leurs élus ont le sentiment de ne plus être entendus.

Il faut organiser notre réponse à partir de l'échelon communal. C'est le plus pertinent. C'est le plus proche des Français. C'est d'ailleurs vers les maires que vous avez choisi de vous tourner quand la situation s'est dégradée.

Nos 36.000 communes sont une chance pour la République.

Nos 36.000 maires sont une chance pour la République.

Nos quelque 550.000 élus locaux sont une chance pour la République.

Ils sont autant d'interlocuteurs privilégiés et assurent le maillage territorial et social de ce grand pays qu'est la France.

J'ai toujours combattu cette idée que "faire grand" ferait faire des économies. On a voulu faire des grandes communes, des grands cantons, des grandes intercommunalités, des grandes métropoles et des grandes régions. Toujours plus grand.

C'est un échec. Plus personne n'y comprend rien. Plus personne ne s'y retrouve. Où sont les économies qu'on nous avait vendues ? Il n'y en a aucune. Où est l'efficacité qu'on nous avait promise ? Il n'y en a pas. Tout est devenu plus compliqué, plus éloigné du citoyen, plus administratif, plus technocratique, moins réactif.

Alors oui, il faut réhabiliter la commune mais également le département. Nos départements sont perçus par la population comme le premier rempart contre l'exclusion. L'échelon qui fait le lien entre la ville et la campagne. Le département n'a jamais été aussi légitime.

Vouloir désosser les départements est une erreur folle. Les conseillers départementaux sont des élus de proximité, au même titre que les maires. Ils connaissent le terrain, au plus près des préoccupations de nos compatriotes.

Entre les métropoles et les grandes régions, les départements ont montré plus que jamais leur utilité. Envisager une énième fois leur suppression serait une faute stratégique.

Le Département est bien le garant des solidarités humaines et territoriales, dont la crise actuelle démontre justement la nécessité. C’est au Département que se concentrent les compétences des agents publics capables de traiter les difficultés humaines et sociales sur tout le territoire, que ce soit dans l'hyper ruralité ou dans les quartiers des grandes villes, dans un souci d'équité de traitement et d'élévation du niveau de responsabilité de nos concitoyens.

La réorganisation la plus récente des intercommunalités a probablement reculé de plusieurs années leurs capacités à mettre en œuvre des politiques territoriales à la fois de proximité et structurantes, que les communes ne peuvent prendre en charge seules.

Les nouvelles métropoles se préoccupent avec raison du développement urbain et du dynamisme économique mais le limitent à leur territoire et leur environnement immédiat, avec le prisme déformant pour l'aménagement du territoire d'une vision exclusivement urbaine dont la densification n'est pas le moindre des risques mal évalués.

Les grandes régions n'ont pas encore trouvé leur équilibre pour certaines, et leurs compétences ne sont pas de proximité mais d'organisation et de soutien.

Alors, pour répondre directement à la question que vous avez posée dans votre "lettre aux Français", non, monsieur le Président, il n'y a pas trop d'échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales.

La solution à nos problèmes ne viendra pas par moins de collectivités mais par plus de transferts et de clarification des compétences, par plus de décentralisation. Il faut clairement impulser un nouvel élan de décentralisation et en profiter pour mettre de l'ordre dans les compétences assumées. Ce que vos ministres ont appelé les "irritants" des lois NOTRé et MAPTAM.

Une décentralisation réaffirmée et une clarification des compétences entre les différents niveaux de collectivités locales sont devenues indispensables pour renforcer l'action publique, la rendre plus efficace et plus proche des besoins exprimés par nos compatriotes.

L'Etat doit quant à lui se concentrer sur ses missions régaliennes, sécurité, armée, justice, éducation, grandes solidarités humaines et territoriales, et cesser de vouloir tout faire en créant des agences fourre-tout (Agence nationale du sport, Agence nationale de la cohésion des territoires…). Car, finalement, les meilleures agences, ce sont les collectivités locales et l'Etat doit rester le garant de l'équilibre territorial.

Extrait de courrier de François Sauvadet