La société astronomique demande des comptes à  ministère de l'à?ducation Nationale

Dans un communiqué, la Société Astronomique de Bourgogne se demande s'il fallait "priver des millions d'élèves du spectacle de l'éclipse de Soleil du 20 mars 2015 ?". Elle dénonce l'inaction du Gouvernement pour organiser correctement cet événement.

28 mars 2015 à 7h09 par 45

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Dans un communiqu�, la Soci�t� Astronomique de Bourgogne se demande s'il fallait "priver des millions d'�l�ves du spectacle de l'�clipse de Soleil du 20 mars 2015 ?". Elle d�nonce l'inaction du Gouvernement pour organiser correctement cet �v�nement.

Fallait-il priver des millions d'�l�ves du spectacle de l'�clipse de Soleil du 20 mars 2015 ? Certainement pas ! La Soci�t� Astronomique de Bourgogne, qui depuis 40 ans est reconnue comme l'un des grands acteurs nationaux de la vulgarisation de l'astronomie, pr�sente ses arguments.

Dans plusieurs acad�mies, des consignes ont �t� donn�es aux �coles et aux coll�ges pour cloitrer les enfants dans les classes le temps de l'�clipse : le timing tardif (les instructions ont souvent �t� donn�es la veille de l'�v�nement), et les horaires parfois faux (� 11h les �l�ves pouvaient sortir alors que l'�clipse �tait loin d'�tre finie), laissent penser que ces d�cisions ont �t� prises dans la panique et sans concertation. Il y avait pourtant beaucoup mieux � faire sur ce qui aurait d� �tre un �v�nement d'exception pour la culture scientifique en France. Voici quelques arguments, constats et suggestions de la Soci�t� Astronomique de Bourgogne

- Y a-t-il des conseillers scientifiques � l'Education Nationale ? Et les �coute-t-on ? On sait pr�voir les �clipses depuis Ptol�m�e au moins, c'est-�-dire depuis plus de 2100 ans. Comment peut-on encore �tre surpris par l'av�nement d'une �clipse ? Surtout que la grande �clipse de 1999, totale en France, n'est pas si loin. Ne reste-t-il plus rien de l'exp�rience acquise � ce moment ? Devant la rupture de stock de lunettes, tout le d�bat semble avoir port� sur l'id�e � Sans lunette, point de salut �, jusqu'� s'en mettre des oeill�res et finir par emprisonner les yeux des enfants dans des salles obscures , alors que bien d'autres moyens, sans danger, en projection et sans regard direct, �taient envisageables, dont justement la chambre noire, ou st�nop�, que l'on peut r�aliser avec un simple trou perc� dans un carton... ou juste une �cumoire. Pourquoi cette �clipse n'a-t-elle pas �t� anticip�e ? Pourquoi aucune consigne n'a-telle �t� donn�e en amont aux professeurs pour la pr�voir, soit en se munissant de lunettes, soit leur indiquant des m�thodes alternatives ? M�me la veille il aurait suffit d'indiquer aux enseignants la m�thode du st�nop�, simple et sans aucun danger. Si quelques cas ont �t� relev�s lors de l'�clipse de 1999, qui avait lieu en ao�t et qui voyait donc le public livr� � lui-m�me hors p�riode scolaire, il y avait la possibilit� cette fois d'encadrer l'animation de cet �v�nement dans le temps scolaire en toute s�curit�. L'Education Nationale n'est-elle plus un lieu s�r d'acquisition des connaissances, et doit-elle irr�m�diablement sombrer dans les peurs ? Les nombreuses associations et animateurs d'astronomie en France auraient sans doute pu aussi accompagner les �coles et coll�ges dans leurs projets concernant cette �clipse.

- Une information contre-productive. L'urgence de la d�cision et sa radicalit�, ainsi que l'absence de discours p�dagogique sur le ph�nom�ne, (� part une s�rie de mises en garde � � la vue � et d'interdictions) ont �t� fortement anxiog�nes et ont engendr� une forte confusion. Beaucoup de personnes croient aujourd'hui que c'est l'�clipse elle-m�me qui est dangereuse, que par un ph�nom�ne �trange, le passage de la Lune devant le Soleil accentuerait la dangerosit� des rayons du Soleil, alors qu'au contraire elle les cache. Et finalement le message de prudence principal � mettre en avant, celui qui dit que le Soleil est dangereux � regarder, tous les jours, n'est pas pass�. Plut�t qu'une p�dagogie s�rieuse sur l'�v�nement, c'est l'obscurit� et l'obscurantisme qui ont �t� choisis.

- Une mesure contradictoire avec les derni�res annonces minist�rielles. Il y a quelques semaines Madame la Ministre de l'Education Nationale annon�ait une r�forme des coll�ges sur le constat que � Les �l�ves s'ennuient �. Les coll�ges pourraient m�me choisir une partie des programmes abord�s. D'autre part, on fait le constat alarmant depuis de nombreuses ann�es de la d�saffection des fili�res scientifiques. Il y avait l� une occasion unique de faire de la Science facile, de la Science autrement, de la Science buissonni�re non plus dans une salle de cours, mais dans la cour de r�cr�. Une exp�rience amusante et ludique qui tirait son essence du r�el. Nombreux sont les t�moignages d'astrophysiciens qui tirent leur vocation du spectacle d'un �v�nement c�leste, et m�me pour ceux qui ne se destinent pas � des carri�res scientifiques, un tel �v�nement se doit d'�tre v�cu comme un moment inoubliable, � la fois scientifique et po�tique, qui �veille � la m�canique c�leste, � l'environnement, plut�t que d'en faire une punition qui prive les enfants de r�cr�. Il y avait l� une occasion unique d'�merveiller et d'�veiller des vocations

- Un d�sastre pour la culture scientifique, et la culture en g�n�ral. Des exemples douloureux nous rappellent tous les jours que la culture est aujourd'hui menac�e dans le monde entre deux visions �troites : celle de partis extr�mistes et celle de terroristes niant les repr�sentations pass�es. 2015 a �t� d�cr�t�e Ann�e Internationale de la Lumi�re par l'ONU et l'UNESCO. On y c�l�bre notamment le mill�naire des travaux d'Alhazen, math�maticien, philosophe et physicien arabe, pr�curseur de la m�thode scientifique par l'exp�rience, et inventeur du st�nop�, dans son trait� d'optique. Il y avait l� tout un travail transversal qui aurait pu �tre fait, m�lant � la fois des points de vue historiques, technologiques (d'o� vient la � camera � de nos smartphones ?), physiques, math�matiques, biologiques (par l'�tude de l'oeil), philosophiques ou linguistiques... Une occasion unique, et manqu�e, de montrer que la richesse et la connaissance naissent du partage et de l'�change entre les peuples, comme l'a toujours encourag� la Science.

La prochaine �clipse partielle visible en France aura lieu en 2021, en attendant celle, encore plus spectaculaire que cette ann�e, totale en Espagne, de 2026. Esp�rons que d'ici l�, l'humanit�, et la France, auront retrouv� leurs valeurs d'ouverture et de curiosit�, plut�t que d'enfermer leurs enfants dans la peur et l'obscurit�.

Communiqu� de la Soci�t� Astronomique de Bourgogne