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Les immigrés en Bourgogne-Franche-Comté : plus diplômés qu’avant et toujours en difficulté pour l’emploi

16 octobre 2019 à 06h30 Par la rédaction
Crédit photo : Photo d’illustration INSEE

L’INSEE de Bourgogne-Franche-Comté nous a livré ce mardi soir une enquête sur la situation sociale et économique des immigrés dans la région.

La population de Bourgogne-Franche-Comté compte 191 000 immigrés dont 136 500 en âge de travailler. Comparés aux non-immigrés, ils exercent plus fréquemment un métier ouvrier ou pour lequel ils sont surqualifiés. Même s’ils restent en moyenne moins diplômés que les non-immigrés, leur niveau de qualification augmente. Toutefois, avec un haut niveau de diplôme, ils ont des conditions d’emploi très variables selon leur pays de naissance. Alors que les natifs d’Afrique subsaharienne et d’Europe de l’Est sont fortement touchés par le chômage et les contrats précaires, les immigrés originaires d’Europe occidentale et d’Asie de l’Est ont des caractéristiques d’emploi proches de celles des non-immigrés.

En 2016, la Bourgogne-Franche-Comté compte 191 000 immigrés (personnes nées étrangères à l’étranger), soit 6,8 % de sa population, contre 7,2 % en France de province. Parmi eux, 78 500 ont acquis la nationalité française. Comme dans les autres régions de province, les immigrés se répartissent à parts égales entre hommes et femmes, et viennent principalement d’Union Européenne (34 %) et du Maghreb (30 %). La région se distingue par une part relativement plus marquée d’immigrés nés au Portugal, en Serbie, Turquie et Suisse. Les immigrés sont en moyenne moins bien insérés dans l’emploi que les non-immigrés. Pour certains, notamment ceux qui sont en France depuis peu de temps, cela peut en partie s’expliquer par une moindre connaissance de la langue et des institutions. Néanmoins, plus de la moitié des immigrés en âge de travailler vivent en France depuis au moins 20 ans, et à niveau de diplôme et nombre d’années passées en France équivalents, de fortes disparités subsistent en fonction de leur pays de naissance.

Moindre présence des femmes immigrées sur le marché du travail

En Bourgogne-Franche-Comté, 136 500 immigrés ont entre 15 et 64 ans. Les plus jeunes sont moins souvent étudiants que les non-immigrés et les plus de 55 ans sont moins souvent retraités, probablement en raison d’une entrée plus tardive sur le marché du travail qui génère des droits à la retraite moins importants. Pour autant, ils sont aussi moins présents sur le marché du travail : 68 % occupent un emploi ou en recherchent un, contre 75 % des non-immigrés. En effet, 19 % des immigrés de 15 à 64 ans sont au foyer ou inactifs, contre 7 % des non-immigrés. Cette part s’élève à 28 % pour les femmes immigrées. Celles nées en Turquie sont les plus concernées (50 %) alors que celles nées en Espagne ou au Portugal ne le sont pas plus que les femmes non-immigrées.

Plus de chômage chez les immigrés, y compris lorsqu’ils sont diplômés du supérieur

Lorsqu’ils sont présents sur le marché du travail, les immigrés se déclarent plus souvent au chômage (définitions). Dans la région, c’est le cas d’un quart d’entre eux, une situation deux fois plus fréquente que chez les non-immigrés. Le plus faible niveau de qualification des actifs immigrés les désavantage : 30 % d’entre eux n’ont aucun diplôme ou au mieux l’équivalent du Brevet, contre seulement 21 % des non-immigrés. Néanmoins, même diplômés de l’enseignement supérieur, les immigrés se déclarent plus souvent au chômage que les non-immigrés : 19 % contre 7 %. À niveau de diplôme équivalent, la part de chômeurs diffère fortement selon le lieu de naissance. Elle est ainsi supérieure à 30 % chez les immigrés nés en Europe de l’Est et en Afrique subsaharienne, alors même que ces derniers sont en moyenne très diplômés. À l’inverse, chez les immigrés originaires d’Europe occidentale, d’Asie de l’Est et du Sud-Est et d’Amérique du Nord, qui présentent des niveaux de qualification très divers, elle est inférieure à 20 %. Elle est même inférieure à celle des non-immigrés pour les natifs d’Allemagne ou des Pays-Bas, souvent diplômés du supérieur, ainsi que pour les natifs du Portugal, dont près de la moitié n’a pourtant aucun diplôme.

Beaucoup d’ouvriers, souvent issus d’une immigration ancienne

En Bourgogne-Franche-Comté, où l’industrie est historiquement très implantée, 38 % des immigrés en emploi sont ouvriers contre 25 % des non-immigrés. C’est la région où ce taux est le plus élevé. Les ouvriers sont particulièrement nombreux parmi les immigrés issus de pays d’immigration ancienne, dont la principale vague a eu lieu avant les années 1980. Originaires d’Europe du Sud, du Maghreb et de Turquie, ils étaient très majoritairement ouvriers dans les années 1980, et le sont encore plus souvent que les autres immigrés. Toutefois, les natifs d’Italie et d’Espagne, dont l’immigration est la plus ancienne, accèdent de plus en plus à des fonctions de cadre, notamment dans l’industrie. Ces immigrés résident encore souvent dans les principales villes industrielles de la région : les natifs du Portugal, d’Italie et d’Espagne sont très présents au Creusot et à Montceau-les-Mines, et ceux de Turquie dans les zones de Belfort-Montbéliard et de Saint-Claude. La part d’ouvriers est moins importante parmi les immigrés arrivés en France après les années 1980, sauf chez les natifs des Balkans. Ainsi, 56 % des immigrés d’origine serbe en emploi sont ouvriers.

De plus en plus qualifiés, mais souvent déclassés

En 2016, les immigrés en emploi sont en moyenne moins diplômés : 28 % sont titulaires d’un diplôme supérieur contre 34 % des nonimmigrés. Néanmoins, les natifs de pays dont l’immigration a commencé plus récemment, à partir des années 2000, sont en moyenne plus diplômés. L’arrivée de ces populations, originaires notamment d’Europe de l’Est et d’Afrique subsaharienne, a contribué à l’élévation du niveau de qualification moyen des immigrés de la région. En conséquence, ils exercent plus souvent des professions très qualifiées qu’il y a 10 ans. Ainsi, en Bourgogne-Franche-Comté, 21 % des natifs de Roumanie en emploi sont médecins. Malgré cela, les immigrés sont plus souvent surqualifiés pour le métier qu’ils exercent, que les non-immigrés. Ce déclassement touche particulièrement les immigrés diplômés du supérieur : 43 % sont concernés contre 29 % des non-immigrés. Cela peut en partie s’expliquer par la non-reconnaissance de certains diplômes étrangers et illustre les difficultés à obtenir un poste de cadre. Lorsqu’ils exercent cette fonction, les deux tiers d’entre eux ont au moins bac + 4, alors que c’est le cas pour un peu moins de la moitié des non-immigrés. Par ailleurs, même à ce niveau d’étude, les immigrés occupent plus souvent un poste d’employé. Ainsi, en Bourgogne-Franche-Comté, 26 % des immigrés qui sont aide-soignants sont diplômés du supérieur ; c’est le cas aussi pour 19 % des non-immigrés.

Les immigrés souvent en contrats précaires

Les immigrés travaillent plus souvent à temps partiel que les nonimmigrés et sont moins souvent en CDI. Cela tient en partie à la nature des emplois qu’ils exercent. En effet, les immigrés travaillent plus souvent dans le domaine de la construction et en qualité d’indépendants, notamment les natifs du Portugal et de Turquie. Par ailleurs, lorsqu’ils sont employés dans le secteur tertiaire, ils accèdent moins au statut de fonctionnaire soumis à condition de nationalité. À l’inverse, ils exercent plus souvent des métiers où le recours aux contrats précaires est plus répandu : agents d’entretien, vendeurs, employés de la restauration. Les contrats précaires concernent bien plus souvent les nouveaux immigrés. Ainsi, 41 % des immigrés arrivés depuis moins de 5 ans ne sont ni en CDI, ni fonctionnaires, ni indépendants. Les Suisses font exception, car ils s’installent souvent le long de la frontière pour continuer à travailler dans leur pays d’origine. À l’inverse, seulement 13 % des immigrés en France depuis au moins 20 ans sont en contrat précaire, un taux semblable à celui des non-immigrés. Toutefois, même lorsqu’ils vivent en France depuis longtemps, les immigrés nés en Europe de l’Est et en Afrique subsaharienne sont encore plus de 20 % à être en contrat précaire.