Petites villes de Bourgogne : un passé démographique et industriel qui contribue au déficit de croissance selon l'INSEE

Voici le dernier rapport d’une étude menée par l’INSEE de Bourgogne-Franche-Comté publié ce jeudi soir et qui porte sur la situation économique de la région.

20 juillet 2018 à 1h00 par Fabrice Aubry

K6 FM
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L’emploi a augmenté de 1,7 % dans les 46 petites villes de Bourgogne-Franche-Comté entre 1990 et 2014 alors qu’il progressait au cours de la même période de 20,5 % dans l’ensemble des petites villes de province. Cet écart de croissance s’explique beaucoup par la localisation, l’environnement démographique dans lequel se trouvent les petites villes de la région et la structure de l’emploi dans ces unités urbaines. Moins souvent situées dans l’aire d’influence d’une grande aire urbaine, elles bénéficient moins de l’effet d’entraînement de celle-ci. Elles sont localisées, pour 27 d’entre elles, dans une zone d’emploi à la démographie peu dynamique. Cependant, si la structure de l’emploi au début des années 90 contribue fortement à l’évolution de l’emploi, elle n’explique que faiblement l’écart de croissance constaté entre les petites villes de la région et la moyenne de province : la répartition sectorielle des emplois variant peu d’une région à l’autre. Dans la région comme ailleurs, quelques petites villes présentent une trajectoire atypique. Certaines perdent des emplois malgré leur proximité avec une grande aire urbaine, d’autres en perdent davantage que ne le laissait présager leur environnement.

Les petites villes de Bourgogne-Franche-Comté, c’est-à-dire les unités urbaines comptant entre 5 000 et 20 000 habitants, ont suivi des trajectoires très contrastées entre 1990 et 2014. Certaines ont gagné des habitants et des emplois, d’autres en ont perdu (Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 31). Il existe aussi un net décalage entre le développement de l’emploi dans les petites villes de la région et celui des petites villes de province prises dans leur ensemble.

Un déficit de croissance de l’emploi plus marqué

Un écart de 18,8 points sépare la croissance des petites villes de province de celles de Bourgogne-Franche-Comté : l’emploi a augmenté de 20,5 % dans les premières quand il progressait seulement de 1,7 % dans celles de la région. Seules les petites villes de Centre-Val de Loire affichent une croissance plus faible, de l’ordre de 1 %. Dans celles de Bretagne, Pays de la Loire, de Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore de Corse, la croissance dépasse les 30 %. Cet écart de croissance entre les petites villes de la région et celles de province est aussi le plus élevé, loin devant les autres catégories d’unités urbaines. En Bourgogne-Franche-Comté, les petites villes sont les unités urbaines pour lesquelles la croissance de l’emploi est la plus faible, plus faible même que celle des communes rurales. C’est loin d’être le cas en France de province où seules les grandes unités urbaines de plus de 100 000 habitants affichent une croissance supérieure à celle des petites villes. Le positionnement des petites villes selon l’aire d’influence des grandes aires urbaines, le contexte démographique des années 80 et la répartition sectorielle des emplois en 1990 permettent d’expliquer près des deux tiers de ce différentiel de croissance, c’est-à-dire 12 des 18,8 points d’écart. Pour chacun de ces facteurs explicatifs, la région Bourgogne-Franche-Comté occupe la place la plus défavorable. Elle est donc la région de province pour laquelle, structurellement, le taux de croissance attendu est le plus faible.

Dans la région, peu de petites villes au sein d’une grande aire urbaine

La densité urbaine d’un territoire favorise le développement de l’emploi. C’est ainsi que dans les petites villes situées dans une grande aire urbaine, l’emploi a progressé de 34 %, une croissance trois fois supérieure à celle des autres unités urbaines de cette taille. Ce dynamisme provient du large mouvement de périurbanisation amorcé dans les années 90 qui s’est traduit par l’installation d’habitants dans les couronnes de plus en plus éloignées des grands pôles urbains. S’est alors mis en place un cercle vertueux, cette population plus nombreuse appelant l’installation de commerces, de services et la construction d’équipements, notamment des réseaux routiers, dont la présence a attiré de nouvelles populations mais aussi de nouvelles entreprises.

En Bourgogne-Franche-Comté, région dont l’armature urbaine est moins dense qu’ailleurs, les petites villes ayant bénéficié de cette localisation favorable sont en proportion bien moins nombreuses. Ce positionnement moins fréquent près des foyers urbains de développement explique un cinquième du déficit de croissance de l’emploi. En effet, seules 16 petites villes sont implantées dans l’orbite d’une grande aire urbaine. Moins nombreuses, elles ne regroupent que 22 % des emplois des petites villes de la région. C’est la part la plus basse des régions de province, que la Bourgogne Franche-Comté partage avec la Nouvelle-Aquitaine. En moyenne, 42 %, soit près du double des emplois des petites villes sont situés dans l’influence des grandes aires, et dans les régions plus densément peuplées, comme Grand Est, Hauts de France, Bretagne et Pays de la Loire, plus de la moitié des emplois y sont localisés.

Communiqué de l’INSEE de Bourgogne-Franche-Comté