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Un nouveau dispositif au CHU pour la prise en charge des vertiges

17 octobre 2019 à 15h15 Par la rédaction
Crédit photo : Photo d’illustration K6FM

L’information nous a été communiquée ce jeudi matin : le service d’ORL du CHU Dijon Bourgogne s’est doté d’un dispositif de simulation high tech pour former les médecins à la prise en charge des vertiges. Ci-dessous le communiqué de la direction du CHU.

La typologie des vertiges est très impressionnante puisqu’on dénombre plus de 300 types de vertiges de toutes sortes. En France, une personne sur 10 est concernée par les vertiges. Ce symptôme entraîne environ 300 000 consultations par semaine. La question majeure, pour les praticiens, est de savoir si le vertige révèle une maladie bénigne, liée à un dysfonctionnement de l’oreille interne, ou bien une affection plus grave : une atteinte du système nerveux central par exemple, une tumeur, un Accident vasculaire cérébral (AVC), une maladie inflammatoire du cerveau. L’essentiel du diagnostic de vertige est basé sur l’examen clinique et l’interrogatoire du patient. « Les étudiants en médecine sont peu sensibilisés à ce type de symptômes » annonce le Pr Alexis Bozorg-Grayeli, chef du service d’ORL du CHU Dijon Bourgogne. « La difficulté, face à un patient qui souffre de vertiges, c’est qu’on ne peut pas le manipuler trop longtemps, le faire se lever et se rassoir, lui demander de suivre du regard un objet, au risque de provoquer chez lui nausées et vomissements. La formation des étudiants est donc rendue difficile et il a fallu trouver une solution » précise le spécialiste.

Prendre en charge les vertiges : agir vite

Aujourd’hui, la difficulté majeure, pour un médecin qui se trouve face à un patient vertigineux, notamment aux Urgences, est de savoir rapidement si on est face à une situation grave (AVC par exemple) ou si le vertige est complètement bénin. Dans ce contexte, l’outil standard c’est l’IRM mais celle-ci n’est pas forcément disponible et accessible. De récentes études ont, par ailleurs, démontré que quelques examens simples pouvaient permettre de conclure, de manière nettement supérieure à l’IRM, à la cause du symptôme de vertige.

Pour la prise en charge d’un vertige, ce qui prime c’est l’examen des yeux (le désalignement vertical des yeux est un signe très discret pouvant faire penser à un AVC). « Il y a ensuite le nystagmus, qui est un mouvement oscillatoire des yeux, généré par une anomalie du système de l’équilibre » indique le Pr BozorgGrayeli. « Son sens, sa direction, sa vitesse, ses conditions de déclenchement sont un indicateur pour voir où se situe “la panne” » complète-t-il. Pour infirmer ou confirmer l’origine neurologique d’un vertige, le médecin peut également s’appuyer sur le test d'Halmagyi, qui permet, avec une très bonne spécificité, de dire si le symptôme provient d’un dysfonctionnement dans l’oreille interne. Ce test consiste à prendre la tête du patient et à lui donner un mouvement très rapide et très bref en lui demandant de fixer un point du regard. « Chez quelqu’un de normal, les yeux restent fixés au point défini car les oreilles internes commandent les yeux dans ces mouvement rapides pour rester fixés sur les cibles : c’est comme ça qu’on arrive à lire quand on marche. Chez quelqu’un qui a une oreille interne déficiente, il y a un mouvement des yeux qui montre que le rôle de stabilisateur d’images des yeux n’est plus géré » explique le Pr Bozorg-Grayeli. Ce test est très facile à décrire, à montrer sur vidéo mais difficile à répéter sur un patient vertigineux chez qui tout mouvement sera cause d’aggravation des symptômes.

Un outil innovant pour diagnostiquer vite et bien

Face à la difficulté d’examen du patient vertigineux, les équipes du service d’ORL du CHU Dijon Bourgogne, autour du Pr Bozorg-Grayeli et du Dr Michel Toupet, praticien attaché, se sont rapprochées de l’Institut Image de Châlon-sur-Saône. Le Pr Bozorg-Grayeli explique : « L’objectif du simulateur est d’apprendre aux médecins et aux futurs médecins à se débrouiller vite et bien face à un patient vertigineux en allant directement au but, en posant les bonnes questions et en regardant au bon endroit. Aujourd’hui on a tendance à privilégier le scanner cérébral alors qu’on sait que cet examen est très peu performant pour détecter les AVC. L’idéal c’est l’IRM mais cet outil d’imagerie n’est pas accessible à tous les patients vertigineux ».

À l’origine, les médecins ne pensaient pas forcément à un outil de réalité virtuelle, mais plutôt à un mannequin de simulation. Finalement, l’important travail, mené en étroite collaboration avec Mathis Chartier, étudiant qui menait un projet de master, a permis d’aboutir, en quelques mois, sur un simulateur en réalité virtuelle, qui plonge l’apprenant dans un cabinet médical, en face d’un patient. « L’outil permet de proposer un scénario de prise en charge d’un patient vertigineux qu’on va pouvoir examiner, déplacer, à qui on va pouvoir faire faire des mouvements oculaires » indique le Pr Bozorg-Grayeli. Le simulateur, composé d’un mannequin représentant la tête d’un patient et de lunettes de réalité virtuelle, va montrer à l’utilisateur différentes sortes de nystagmus. « C’est une véritable chance quand on sait que de récentes études, publiées dans de prestigieuses revues internationales, ont démontré que l’association du test d’Halmagyi, l’étude des nystagmus et le désalignement des yeux était plus fiable que l’IRM pour détecter l’AVC devant un patient vertigineux » complète le professeur.

Le simulateur propose deux modules : l’un qui permet de distinguer le vertige grave de celui qui ne l’est pas et l’autre qui permet la prise en charge d’un vertige positionnel paroxystique bénin, traitable par des manœuvres et qui ne nécessite ni hospitalisation ni même de traitement médical. « Avec cet outil, on peut bouger la tête du patient, le mettre dans diverses positions, ce qui constitue, en soi, une prise en charge car, parfois, pour mettre fin aux vertiges, il suffit de manipuler le patient de manière à repositionner des petits cristaux dans l’oreille interne » explique le Pr Bozorg-Grayeli. Présenté lors du dernier congrès de la Société française d’ORL, le simulateur s’adressera aux internes d’ORL mais également aux urgentistes, aux médecins généralistes, aux kinésithérapeutes vestibulaires et aux neurologues.

Communiqué du CHU Dijon