Cycles Lapierre à Dijon : le tribunal ouvre un redressement judiciaire, six mois pour convaincre

Le fabricant dijonnais de vélos poursuit son activité et dispose de six mois pour construire son redressement et trouver un investisseur.

Publié : 7h00 par
La Rédaction

Cycles Lapierre à Dijon placé en redressement judiciaire en août 2026
Cycles Lapierre à Dijon placé en redressement judiciaire en août 2026
Crédit : lapierrebikes.com

Les Cycles Lapierre à Dijon sont officiellement placés en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce de Dijon a ouvert la procédure ce mardi 25 août 2026. L’activité de l’entreprise se poursuit pendant une période d’observation de six mois.

Cette décision était attendue par la direction. Lapierre avait demandé l’ouverture de cette procédure afin de poursuivre son activité et rechercher un investisseur. L’enjeu est majeur pour cette marque historique de Dijon, créée en 1946.

Six mois d’observation pour les Cycles Lapierre à Dijon

Le tribunal de commerce de Dijon a donc donné son feu vert. Cette décision intervient lors d’une audience décisive pour l’avenir des Cycles Lapierre , annoncée ces derniers jours.

Le redressement judiciaire ne signifie ni la liquidation, ni la fermeture immédiate de l'entreprise. La procédure permet la poursuite de l'activité dans un cadre judiciaire.

Pour Lapierre, cette période d’observation doit permettre de démontrer la viabilité d’un modèle économique autonome. L’objectif est aussi de convaincre un investisseur industriel ou financier.

La direction dispose désormais de six mois pour avancer. Les premières semaines seront toutefois déterminantes. L’entreprise devra notamment montrer qu’elle peut financer la poursuite de son activité.

« La décision du Tribunal nous donne exactement ce que nous étions venus demander : la possibilité et le temps de nous battre », déclare William Perrier, directeur général des Cycles Lapierre.

Le dirigeant reste cependant prudent : « Elle ne signifie pas que nous sommes sauvés, mais elle signifie que nous pouvons agir. »

Lapierre cherche désormais un investisseur

La recherche d’un partenaire constitue l’un des principaux enjeux de cette période d’observation. L’investisseur devra pouvoir apporter des fonds propres et financer le besoin en fonds de roulement. Il devra aussi accompagner une gouvernance capable d'assurer l'avenir de Lapierre sur le long terme.

L’entreprise veut parallèlement construire un fonctionnement autonome. Plusieurs chantiers concernent notamment les achats, la logistique, les systèmes d’information et les contrats indispensables. La sécurisation des droits nécessaires à l’exploitation de la marque et des produits fait également partie des priorités annoncées. Lapierre compte aussi préserver l’activité immédiate. Cela concerne les salaires, les commandes pouvant être livrées, les stocks, les approvisionnements et le service après-vente.

Une situation financière qui reste difficile malgré une amélioration

Les chiffres communiqués par Lapierre montrent l’ampleur du défi.

Cycles Lapierre SAS a réalisé 99,1 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Dans le même temps, sa perte d’exploitation est passée de 46,3 millions d’euros en 2024 à 27,2 millions en 2025.

Cela représente une amélioration de 19,1 millions d’euros, soit plus de 41 % en un an.

Cette évolution constitue un signal positif. Elle ne suffit cependant pas à garantir le redressement de l’entreprise.

Le contexte reste également compliqué pour l’ensemble de la filière française. Selon l’Observatoire du Cycle 2025 de l’Union des entreprises sport & cycle, le marché français a reculé de 4,8 % en 2025. Il représente désormais 3,11 milliards d’euros.

Certains segments résistent mieux. Les ventes de gravel ont progressé de 18 %. La réparation connaît également une forte dynamique, tandis que les pièces et accessoires progressent légèrement.

La production française de vélos a, elle, rebondi de 3,4 % en 2025.

L'emploi et le savoir-faire dijonnais au cœur du dossier

Pour Dijon et la Côte-d’Or, l'avenir de Lapierre dépasse largement les seuls résultats financiers.

La marque possède un site industriel et technique historique dans la capitale régionale. Elle y conserve des compétences en assemblage, recherche et développement, achats, logistique et service après-vente. Son réseau commercial compte par ailleurs plus de 800 revendeurs.

Lapierre appartient depuis huit décennies au paysage économique de Dijon. La marque avait d’ailleurs rejoint le réseau « Savoir-faire 100 % Côte-d’Or », qui valorise les entreprises et productions liées au territoire.

Le maintien de cet ancrage constitue désormais un enjeu essentiel du redressement. La Préfecture, les services de l'État et les collectivités territoriales sont mobilisés autour du dossier. Selon Lapierre, cette intervention ne vise pas à remplacer l'investissement privé par de l'argent public. Elle doit notamment faciliter les contacts et favoriser l'émergence d'une solution crédible.

Que va-t-il se passer pour les salariés de Lapierre ?

L’ouverture du redressement judiciaire ne rompt pas les contrats de travail. Les salariés restent employés par Cycles Lapierre et poursuivent donc leur activité. La direction prévoit également une information régulière du Comité social et économique et des collaborateurs.

« Je sais parfaitement ce que cette période représente pour nos équipes et leurs familles. Leur inquiétude est légitime », souligne William Perrier.

Le directeur général estime que le savoir-faire des équipes constitue aussi un argument majeur pour attirer un investisseur. Chaque commande livrée et chaque client servi doivent désormais contribuer à démontrer la capacité de l'entreprise à poursuivre son activité.

Une marque historique dans une ville très liée au vélo

La situation de Lapierre possède une dimension particulière à Dijon. La marque a été créée dans la ville en 1946 et fête ses 80 ans en 2026.

Son histoire accompagne celle du cyclisme local depuis plusieurs générations.

Le vélo occupe également une place importante dans la métropole. Le plan de Dijon métropole pour développer la pratique cyclable avait notamment mis en avant plusieurs centaines de kilomètres d’aménagements cyclables.

La Côte-d’Or entretient aussi un lien fort avec le cyclisme sportif. Le Tour de France masculin avait attiré plus de 40 000 personnes aux Allées du Parc lors de son arrivée à Dijon en 2024. Cette histoire locale renforce l’attention portée au devenir de Lapierre en Bourgogne-Franche-Comté.

Les trois prochaines priorités pour sauver Lapierre

Les prochaines semaines doivent désormais être consacrées à trois grands chantiers.

D'abord, Lapierre doit sécuriser son exploitation quotidienne. Cela passe par la trésorerie, les salaires, les fournisseurs indispensables, les stocks et le SAV.

Ensuite, l’entreprise doit achever son modèle autonome. La rentabilité de ses activités, ses coûts, son organisation industrielle et ses besoins financiers seront notamment étudiés.

Enfin, la recherche d’un investisseur doit s’accélérer.

Le redressement judiciaire offre donc du temps à Lapierre, mais il ne règle pas les difficultés. Les six prochains mois seront déterminants pour l’avenir de cette institution industrielle dijonnaise.